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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 11:00

Bon... C'est les vacances.

 

Pas d'anecdote particulière

Trop de souvenirs en mémoire

 

Ils vont vraiment, vraiment me manquer.

 

 

Allez, bye les jeunes.

 42mayotte-mai-juin-juillet-13 1000 blog

Votre vie sera belle.

Inch'Allah

 

Instit-man

qui laisse un bout de lui sur cette île... (déjà qu'il était pas grand...)

 

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Published by Pierre et Didier - dans Ma p'tite vie d'instit
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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 20:55

Quand t'es instit ascendant commère,

le truc cool c'est l'interception des p'tits mots en classe.

 

Sur le coup, tu fais ton maître très contrarié voire scandalisé

Tu saisis vigoureusement le petit papier sous l'oeil affolé du gamin

Magnanime, tu ne le lis pas devant tout le monde histoire d'épargner la grosse honte-de-sa-vie au p'tit jeune

Et tu fourres la missive dans ta poche,

Impatient de lire le soir les troublantes relations secrètes qui unissent les gnomes de ta classe.

(Qui aime qui ? Qui n'est plus la meilleure copine de qui ? Qui a volé la gomme de qui ? Qui a pété pendant la leçon d'histoire, ...)

(et tu en profites pour vérifier les acquisitions en orthographe et l'utilisation des phrases complexes dans une production libre)

 

Mais ici, à Mayotte, 

Tu saisis le petit papier.... et puis voilà !

42mayotte-mai-juin-juillet-13 0426

 

Bon sinon, à part ça :

- la fête d'école, c'est fait

- la fête des CM2, c'est fait

il me reste donc demain la fête de ma classe ! 

(cuisses de poulets et bananes avec sauce piment à 10h du matin avec en sourdine de la musique de djeun's.....yeah !)

 

Instit-Man (qui en ce moment privilégie le relationnel et l'émotionnel à la conjugaison du conditionnel...)

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Published by Pierre et Didier - dans Ma p'tite vie d'instit
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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 08:31

A force de manier le chombo (coupe-coupe), et bien qu'étant largement plus habile que n'importe quel mzungu, il leur arrive de se blesser. Evidemment.

Alors, toi, tu découvres ça en classe. Mais par le plus grand des hasards. Car jamais, évidemment, il ne viendra se plaindre. 

Et tu découvres une plaie qui date déjà de plusieurs jours. Un truc pas beau digne de figurer dans un livre de médecine.

Son pouce a doublé de volume. S'est teinté de couleurs aussi belles qu'inquiétantes. 

 

Tu lui demandes s'il a mal. Il te répond non. Evidemment.

Alors, comme tu es sadique, tu touches avec précaution son pouce. Il fait une grimace. Evidemment.

 

Bon...

Et le combat commence...

 

Pour simplifier la lecture de l'article, on va faire comme si l'élève parlait couramment le français, ce qui n'est évidemment pas le cas. Ce qui évitera la description de tous les gestes effectués pour se faire comprendre, les nombreuses reformulations, les interminables secondes à attendre une réponse, les mots qui sortent et qu'il faut remettre dans l'ordre ou modifier pour comprendre ce qu'il tente de me dire. Et, évidemment, en parlant tellement doucement qu'il te faut coller ton oreille près de son visage pour bien tout saisir...

 

"Tu l'as dit à .....(alors, vite, réfléchissons....qui s'occupe de lui ici....consultons mes petites fiches bien rangées dans un coin de mon cerveau....)....ton père ?" (ma petite fiche venait de me rappeler que sa mère n'est pas sur l'île de Mayotte, il vit avec ses grands frères, son père habite loin, dans un banga perdu au milieu de la brousse)

 

Evidemment il ne l'a pas dit.

Il a vaguement fait un drôle de pansement. Tout seul. Qui ferait mourir. Mourir de rire n'importe quelle infirmière.

 

"Alors, écoute-moi : tu dois le dire à ton père. Ou à ton grand frère. Je ne suis pas médecin mais il me semble que c'est grave ce que tu as. Si on ne fait rien, tu peux tomber vraiment malade et peut-être qu'on sera obligé de couper ton pouce." (là, tu t'avances un peu, n'ayant pas vraiment de compétences en médecine, mais tu sens qu'il vaut mieux lui foutre les boules si tu veux qu'il en parle à sa famille)

 

Evidemment, le lendemain tu attaques direct et tu lui demandes ce qu'il en est.

Son père, il n'a pas pu aller le voir. Il habite trop loin. Et il pleuvait. (Je le crois. Ici, quand il pleut, pour des questions de sécurité, tu ne t'aventures pas dans la brousse).

Et son frère, il lui a dit que ce n'était rien et que ça allait passer tout seul. Evidemment.

Bon...

 

Alors tu vas voir le directeur. Ton Boss en qui tu as toute confiance. Et tu lui demandes son avis. 

Il regarde le pouce. Et confirme la gravité de la blessure. Evidemment. Malheureusement.

 

Ensemble, vous expliquez au gamin qu'il doit convaincre sa famille qu'il doit aller au dispensaire. Dans la ville d'à côté. Qu'il faut qu'il se procure 10 euros. Prix à payer quand on est un étranger. Un sans-papier. Et qu'il faut qu'il se fasse soigner.

 

Un jour passe. Puis un deuxième. Le temps passe et son pouce gonfle. Et ça te gonfle.

Tu sais que tu ne peux évidemment pas prendre en charge tous tes élèves. Tu n'as pas à jouer un rôle de "père-éducateur-assistant social-médecin". Tu n'es qu'un petit instit. Il faudrait quand même que sa famille fasse quelque chose. Au moins qu'un des grands frères vienne te voir. Au moins qu'ils montrent qu'ils s'en préoccupent. Un peu.

 

Et puis un jour, il t'annonce tout content qu'il est allé voir son père. Et qu'il lui a donné les fameux 10 euros.

Ahhh ! ça c'est bien.

Mais son père ne peut pas l'emmener au dispensaire. Il a peur de se faire arrêter. Evidemment.

(Tiens au passage, qu'est-ce que ça fait dans la tête d'un enfant de dire à son instit que son père ne sort pas de crainte de se faire arrêter par la police ?...)

 

Bon, en tous cas, toi, tu as le signe que tu attendais. Le père a pris en charge son gamin. L'instit peut donc maintenant prendre en charge son élève.

 

"Ecoute-moi. Demain. A 7 heures. Tu m'attends sur le bord de la route. Tu demandes à un élève de la classe de venir avec toi. Tu prends tes 10 euros et je t'emmène au dispensaire. Et n'oublie pas ton carnet de santé. Quoi ? Tu l'as perdu ? Bon...euh....c'est pas grave. A 7 heures, ok ?"

 

A 7 heures, ils sont là. Direction le dispensaire.

En arrivant, il y a déjà beaucoup de monde. 

Voici la procédure : il faut poser le petit carnet de santé bleu sur une pile de petits carnets de santé bleus.

Et attendre.

Mais lui, il n'a pas de petit carnet de santé bleu alors tu inscris son nom et son prénom sur un bout de feuille déchirée et tu la  glisses entre deux petits carnets de santé bleu pour éviter qu'elle ne s'envole.

Et tu attends.

 

Un infirmier arrive. Il prend en souriant une pile de carnets. Faisant hurler les propriétaires des carnets de la seconde pile.

Il rigole.

Alors il prend l'autre pile de carnet. Faisant cette fois glapir d'indignation les propriétaires de la première pile.

Evidemment. Il faut faire le spectacle.

Toi tu ne sais plus trop dans quelle pile tu as glissé le petit bout de feuille alors tu ne sais pas quand est-ce que tu dois hurler et glapir.

Mais intérieurement tu commences à rugir. Le spectacle ne t'amuse pas.

 

Alors, pendant que le clown-infirmier retourne dans sa salle parce qu'il y a beaucoup trop de bruit puis ressort en disant aux gens d'être plus disciplinés. Et que les gens rouspètent. Et que puisque c'est comme ça il boude et rerentre dans sa salle. Puis ressort parce que bon quand même. Puis prend au hasard un carnet et appelle le propriétaire. Qui tente de crier son nom plus fort que les autres qui crient leur indignation. Toi tu te frayes un passage vers la dame de l'accueil. C'est honteux à dire mais tu sens que le fait d'être petit ou le fait d'être blanc t'ouvre un chemin dans la foule...

 

Tu expliques à la dame la situation.

La première chose qui l'inquiète est de savoir s'il a les 10 euros. Evidemment.

 

Tu mens légèrement en disant que tu as classe tout à l'heure et qu'il faut passer vite. Elle te croit. Ou fait semblant. Parce que tu es blanc. Et, tu rentres avec les gamins dans une pièce où un infirmier-pas-trop-clown va lui faire un nouveau petit carnet de santé bleu et te donner le coupon numéro 1 pour que vous puissiez passer les premiers.

 

Le médecin, mzungu blanche, comprend rapidement la situation. Et s'inquiète en premier lieu de l'état de ses vaccinations. Ah oui, le tétanos. Tu n'y avais pas pensé. Le test dira que non, il n'est pas vacciné. Alors on le vaccine. Puis, elle prescrit des antibiotiques, des bains de dakin et dit qu'il faut l'emmener en chirurgie ambulatoire à Mamoudzou. Le plus rapidement possible, évidemment.

 

Bon, tu t'assures qu'il n'y aura pas de problème si toi, simple instit, tu emmènes un des tes élèves pour se faire opérer. Tu n'as pas envie de faire le déplacement pour rien. Il faut un responsable légal pour opérer un mineur non ? La gentille toubib téléphone à l'hôpital. C'est bon. Ils ont l'habitude. Ils peuvent l'opérer mais à condition que tu y sois avant 9h00. Il est 8h00. Tous ceux qui se sont dit : "c'est jouable" ne connaissent pas les bouchons de Mamoudzou et tous les imprévus qui peuvent survenir sur un si court trajet.

 

Mais tu y arrives. Par le plus grand des hasards, tu te retrouves dans le bon service.

Un infirmier te fait remarquer au passage que tu n'as pas suivi le parcours normal en passant par le bureau des entrées mais tu fuck l'infirmier expliques calmement la situation à l'infirmier en mettant en avant les contraintes horaires liées à la future opération et le fait que tu dois être en classe. Tout à l'heure. (même mensonge au cas où il connaîtrait la dame de l'accueil du dispensaire...)

 

Il faut maintenant remplir les papiers.

Tu t'assieds gentiment face à un secrétaire. Le gamin reste debout à côté de toi. 

 

Non, tu n'es pas de sa famille. Oui tu es l'enseignant. Non, évidemment, tu n'es donc pas un responsable légal de l'enfant. Oui tu as téléphoné avant pour savoir si c'était possible de le faire opérer et oui on t'a dit oui.

Sourcils interloqués du secrétaire qui ose mettre en doute tes paroles. Mais tu tiens bon.

Il soupire et commence à remplir le dossier. Nom. Prénom. Adresse. Complément d'adresse. 

C'est là qu'évidemment, ça se corse. Tu essaies d'expliquer à l'élève que juste Tsoundzou 1 ça ne suffit pas et qu'il faut qu'il donne une adresse plus précise. Surtout que le secrétaire veut absolument une adresse plus précise.

Arrive un infirmier mahorais. Qui se met à parler au secrétaire et à sa collègue en shimahorais en désignant le gamin. Et ils s'adressent à lui. 

Toi tu ne comprends pas grand chose. Evidemment. Mais pas grand-chose ne veut pas dire rien. Ils sont en train de lui demander où est sa mère. Le gamin ne répond pas. Ils insistent en rigolant. Il finit par murmurer quelque chose comme Anjouan. Ils rigolent et continuent à parler tous les trois bruyamment.

Tu ne savais pas que faire constater à un gamin que sa mère n'était pas là pouvait être si hilarant.

 

Alors l'infirmier saisit le pouce de l'enfant. Appuie dessus un peu dans tous les sens. Et déclare que ce n'est pas la peine d'opérer. C'est pas du tout ce que le médecin avait dit. Il s'y connait. Il faut juste faire un bon pansement et ça partira tout seul. Evidemment.

 

Sur le chemin du retour, tu ne peux t'empêcher de constater que c'est dès qu'ils ont su que le gamin était un sans-papier que subitement ce n'était plus la peine de faire l'opération. Etonnamment.

 

Tu t'en veux de ne pas avoir un peu bataillé. Au moins pris le nom de cet infirmier qui s'y connaît.

 

Retour au dispensaire. Pour faire le pansement. Parce que là-bas, à l'hôpital, ils n'avaient évidemment pas le temps.

Tu croises la toubib. Tu lui expliques. Tu lui fais part de ton sentiment quant à la gravité de la blessure qui serait liée à la nationalité de l'enfant.

Elle t'écoute avec un sourire triste. Ça ne l'étonne pas. Etrangement.

Elle ne va pas au combat, rajoute quelques lignes sur son carnet de santé et te souhaite une bonne journée. Evidemment.

 

Signé : celui qui a de la chance d'être né dans un pays qui lui donne de bons papiers et qui peut se faire opérer si besoin est

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 05:19

Quelques élèves regroupés au fond d'une classe

Un livre entre eux

Léger brouhaha en shimaorais... 

 

Ça veut donc dire qu'ils sont censés avoir fini leur travail et mettent à profit ce temps libre pour parfaire leurs connaissances dans des domaines aussi variés que les sciences, la littérature et Titeuf...

 

L"instit curieux, voire intrépide, que je suis, s'avance vers eux afin de contempler, une larme à l'oeil, ces fabuleux petits être plongés dans les méandres du Savoir.

 

Alors...quel est donc le livre qui provoque cette agitation ?

Un bel album ? le dernier Dragon Ball Z ? Le documentaire sur les espèces animales en danger ? Le dictionnaire ouvert à la page 245 montrant un dessin d'un garçon et d'une fille nus ? (tous les élèves connaissent par coeur cette page...)(même ceux qui sont incapables de comprendre le chiffre 245...)


Ah tiens, non. C'est un simple documentaire sur les animaux. Ouvert à une certaine page. Qui visiblement provoque leur hilarité.

 

"- Dis m'sieur ! 

- Oui Ambdil ?

- C'est vrai que les mzungus mangent des grenouilles ? et des escargots ?

- (soupir)...oui...."

 

Eclats de rire général, additionnés de "beurk" bien sentis et de regards sur toi teintés d'incrédulité et de dégoût admiratif...

 

Pffff... Espèces de bouffeurs de manioc et de mabawas....

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 11:00

Un jour, en rando, avec tous les CM2 de l'école

pour aller se promener tranquillou

pour répondre à des objectifs pédagogiques précis et définis auparavant autour d'une bière et d'un coca en conseil des maîtres

 

Moments choisis que j'ai gardés en souvenir...

 

- Hey m'sieur !

- Oui Farid

- C'est bien cette marche, hein ?

- Oui, oui ...mais marche sur le côté là.

- Tous les CM2 ensemble !! Wiiiii ! On est beaucoup, hein ? On est combien m'sieur ?

- Ben....(j'en sais rien moi)....Ben...réfléchis, voyons ! Il y a 7 classes de CM2 avec environ 26 élèves par classe. Ça fait combien ça ? (hé, hé, hé.....) Et t'es gentil, marche sur le côté de la route !

- Ouch.....ça fait.....heu.....

- Attends m'sieur ! Moi je sais ! Ça fait 26+7 = ......euh....42 ?

- ... (soupir)

- Non mais c'est pas grave m'sieur, en tous cas, ça fait bôôôôôcoup !

- Oui ...ça fait beaucoup.... (beaucoup trop longtemps qu'on n'a pas fait de problèmes...)

 

Et la rando se poursuit. En répétant toutes les 5 minutes de bien marcher sur le côté de la route car tu comprends, les voitures roulent vite et ce serait quand même dommage que tu te fasses écraser, hein ! (quoique ça me ferait un cahier en moins à corriger...)

 

- Hey m'sieur !

- Oui Rachida.

- Tu connais cet arbre là ?

- Ben oui, c'est un manguier.

- Et ça là ?

- Ça ? Hummm....c'est le jacquier.

- Et ça ?

- L'arbre du fruit à pain.

- Et ça ?

- De la canne à sucre.

- Et celui-là ?

- Facile ! Un ylang-ylang.

(brouhaha parmi les quelques élèves qui marchent à mes côtés. (certains étant d'ailleurs en plein milieu de la route....ils m'énervent....) Je crois comprendre qu'ils sont quand même un peu impressionnés... Tant mieux. Toujours épater ses élèves afin de leur montrer que vous êtes un puit de sciences et de sagesse.... (et que certains feraient bien de tomber dedans))

- M'sieur !

- Oui Maoulida.

- Celui-là, tu ne le connais pas !

- Si ! c'est ...heu....(j'avoue que là, il a fallu que j'observe bien). Ah ! C'est bon j'ai trouvé, c'est un cannelier !

- Trini ? (ce qui en shimaorais veut dire : quoi, qu'est-ce tu dis, j'ai rien capté !)(je l'entends souvent en classe...)

- C'est un ...."mdaraciné" 

- Ewa !!! 

 

Et oui, trop fort, le maître il sait même quelques noms d'arbres en shimaorais !

Sur ce ils m'ont un peu foutu la paix et, tout en les engueulant gentiment pour qu'ils marchent sur le côté de la route, on a continué notre rando !

Une heure plus tard.

 

- On continue m'sieur !

- Ben....C'est-à-dire que.....

(en fait, on était arrivé à un ravier. En saison sèche, pas de problème tu passes tranquillement. Mais là, on était en saison des pluies et une petite rivière mignonnette avait pris possession des lieux. Et si mes élèves marchent pieds nus ou en tongs, moi j'étais en baskets. Avec des chaussettes.)

D'où une rapide concertation avec mes 6 collègues :

- On continue ?

- Boaf...j'chais pas moi ! Comme vous voulez !

- Là nos élèves vont se mouiller les pieds...

- T'inquiète, regarde, y en a qui sont déjà dans l'eau !

- Merde c'est les miens ! Hey !! Vous là-bas ! Revenez tout de suite ! Et qui c'est qui qui vous a permis de .... Assane !!! pas la tête dans l'eau !! Lâche-le ! Mais bon sang, c'est pas possible Ah j'vous jure c'est la dernière fois que je vous emmène quelque part ! On peut jamais vous faire confiance. Et toi, tu m'écoutes quand je te parl....

- Hem...Bon, on fait quoi alors ?

- Il est bien le chemin de l'autre côté ?

- Ouais je crois. Mais je suis pas sûr. Bof...j'hésite...

- Ouais, moi aussi (et en plus je ne veux pas mouiller mes chaussettes.)

- D'un autre côté, si on fait demi-tour maintenant, on va arriver trop tôt à l'école et on va devoir les garder en classe...

- ON CONTINUE !!!!!!! (réponse unanime de 6 enseignants pas pressés de rentrer passionnés de rando)

 

Et nous voilà donc partis à franchir le petit cours d'eau pour la plus grande joie de nos élèves qui en ont profité pour se rafraîchir les pieds et les mollets. Certains ne connaissent pas bien les parties du corps et n'ont pas su localiser leurs mollets car ils sont arrivés trempés de l'autre côté...

 

N'empêche que moi, j'étais toujours avec mon problème de baskets et de chaussettes. 

 

J'ai donc observé mes collègues. Deux écoles s'affrontèrent :

les collègues qui n'en avaient rien à foutre et qui pataugèrent gaiement dans l'eau avec leurs godasses (apparemment le fait qu'ils allaient faire pschhout pschhout à chaque pas durant la fin de la rando n'avait pas l'air de les perturber.... )

On appelera ce groupe-là les rustres.

 

Et l'autre groupe dont les membres choisirent de bondir avec agilité de roches en roches et qui réussirent à atteindre l'autre rive avec dignité et surtout sans se mouiller.

On les appellera les gazelles bondissantes.

 

J'ai tout de suite compris que j'allais faire partie des gazelles bondissantes. Mais j'ai tout de suite senti que j'allais également me vautrer, glisser et tomber le cul dans l'eau, perdant ainsi toute dignité sous les rires moqueurs de mes élèves qu'il me faudrait du coup sévérement punir pour cet affront fait à ma personne mouillée.

 

Et qu'en plus j'aurais les chaussettes toutes trempées....

 

Et, alors que je m'avançais vers la première roche immergée, me préparant à un grand moment de solitude, j'ai eu le plaisir, la joie, le ravissement de découvrir qu'un grand nombre de mes élèves (et même certains d'autres classes) avaient entrepris de me faire traverser sans encombre le cours d'eau non pas en me portant (l'idée m'avait effleurée) mais en m'indiquant roche après roche, où il fallait que je pose mes pieds.

Et ils le faisaient très sérieusement ! N'hésitant pas à comparer différents trajets en s'engueulant argumentant pendant que je poireautais en équilibre sur un caillou. Certains m'encourageaient à sauter, d'autres me tenaient, d'autres me félicitaient. Et le tout sans se foutre de la gueule du maître mzungu qui se trouvait quand même un peu pataud là où eux étaient d'une agilité époustouflante !

Après une traversée où j'ai quand même failli me flanquer dans l'eau (heureusement un gamin était pas loin et je l'ai utilisé comme personne ressource), j'ai pu moi aussi atteindre l'autre rive sain et sec ! (et les chaussettes épargnées!)

 

Qu'il est bon de se laisser prendre en charge par ses élèves...

 

Et la rando se poursuit. Sur un petit sentier. Ils peuvent marcher où ils veulent et bien croyez-le ou non, ils sont tous bien en rang sur le côté du petit chemin.... (ils m'énervent ...je suis sûr qu'ils le font exprès...)

 

- Hey m'sieur !

- Oui Ali ?

- Tu connais la pierre qui pleure ?

- Non, qu'est-ce que c'est ?

- C'est....heu....(conversations en shimaorais entre eux) (ils ne trouvent pas toujours les mots en français pour m'expliquer les choses) (et dire qu'il y en a qui veulent que j'aborde le subjonctif avec eux....pfff....)

- Viens m'sieur, on veut te montrer mais ..il faut pas rester sur le chemin, il faut aller un peu plus par là.

- Ah bon ? Mais...c'est loin ? (demande l'instit qui était en queue de rando et qui voit son collègue de devant disparaître dans un virage et qui sait pas trop s'il pourra retrouver son chemin, ses collègues et qui se demande quand même si c'est pas un traquenard imaginé par les gnomes élèves dont il a la charge....) (Toujours rester méfiant....un élève par définition est un être instable et imprévisible dont l'ultime objectif est d'attacher son maître à un arbre pour effectuer un rituel de sacrifices lui permettant d'avoir de meilleures notes...) (si, si)

- Non m'sieur ! c'est juste là ! Tu vois ?

- Bon.....ok. (dit le pauvre instit-fou qui a (vaguement) confiance en ses élèves)

 

Et nous voilà partis. Abandonnant le joli sentier tout tracé. Pour s'enfoncer dans la brousse en allant vers la rivière. 

C'est vrai que ce n'était pas loin. C'est vrai qu'il y avait un rocher qui pleurait.

L'eau ruisselait dessus et avait créé des formes, des couleurs. Avec des fougères accrochées tout autour. Une végétation luxuriante. Un endroit à part. La lumière était belle. Le lieu serein.

 

Un élève m'a raconté que ce rocher pleurait car il avait commis une faute et Allah l'a puni en lui disant qu'il irait en enfer.

Et depuis ce jour, le rocher pleure.

 

Ça...tu le trouveras pas dans le lonely planet....

On est resté un moment. Ils étaient étrangement calmes. Le lieu était magnifique.

 

- Vous savez quoi ?

- Quoi m'sieur ?

- Vous avez quand même beaucoup de chance. Car vous vivez dans un endroit très joli. Elle est belle votre île, vous savez ça ?

- ..... oui monsieur, elle est belle...

 

C'est vrai quoi, on n'arrête pas de les gronder car c'est sale à Mayotte. Mais c'est pas forcément de leur faute.

Mais je crois que là, ça leur a fait du bien d'entendre quelqu'un dire qu'ils vivaient dans un bel endroit. Et qu'ils avaient beaucoup de chance. 

On n'a pas toujours envie d'être plaint. On veut aussi parfois être fier.

 

Bises,

Instit-man qui sait de temps à autres pourquoi il fait ce boulot (et c'est pas que pour les vacances...) 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 08:43

Quand le Maire prend ses responsabilités, moi, ça me fait trois jours de congés ! 

 

J'm'explique :

les locaux scolaires sont sous la responsabilité du maire. Il y a une commission de sécurité qui passe régulièrement donner son avis quant à la ....sécurité ! (ben oui, sinon ça s'appellerait pas commission de sécurité...banane!)

Concernant les écoles de Mayotte, je crois que les établissements ayant reçu un avis favorable de cette commission se comptent sur les doigts d'une seule main (peut-être deux mains, allez, soyons large)

Le maire sait bien tout ça. Il entend bien les demandes régulières, répétées et incessantes de la part des parents et de notre part concernant les travaux à faire dans la vingtaine d'écoles de sa commune.

 

Il faut faire des réparations.

 

Il voudrait bien....mais il peut point !

 

Y a plus de sous !  

 

Donc, Monsieur le Maire veut plus d'argent. Donc il tente un coup médiatique met en place une opération destinée à sensibiliser l'opinion publique. Et il prend un arrêté ordonnant la fermeture de nombreuses écoles de sa commune pendant 3 jours.

 

Ce matin, ça donnait ça :

 

P1040536

 

Alors moi, vous me connaissez, habité par une conscience professionnelle sans faille, je me préparais à briser cette grosse chaîne avec mes petits bras musclés ! Mais les collègues, beaucoup plus faignasses que moi, m'en ont empêché en se jetant sur moi...(ils se sont bien mis à 5 pour me maîtriser...)

Soit, .... la mort dans l'âme, je rentrai donc chez moi.

Résigné à laisser mes chers élèves toute une journée sans les merveilleux apprentissages que je leur distille avec beaucoup de coup de gueules      d'exaspération  de patience.

 

Du coup, pour ne point être désoeuvré, je me suis fougueusement mis à cuisiner du poulet au citron pour le retour de l'Homme-Bien-Aimé tout en expliquant aux clebs que c'est pas parce que je passe plus de temps à la maison qu'ils auront plus de balades.

 

Sur ce,

Bises !

Didier, instit en vacances même quand c'est pas les vacances

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 07:18

Hier, aide personnalisée.

C'est quand on garde en classe quelques élèves qui ont besoin de travailler un peu plus.

Alors que les autres rentrent chez eux.

Mais non, ce n'est pas une punition ! C'est un grand privilège...

Enfin... je crois...

 

Bref, j'avais gardé cinq apprentis lecteurs. En gros des gamins arrivés en CM2 et qui ne savent pas lire.

On bosse pendant 3/4 d'heure. Les sons rentrent lentement. ( T+a = ta ....mais si j'te jure !)


Puis pour finir, petite pause car on était quand même bien crevés en cette fin de journée.

Je sors le jeu "Puissance 4". 

Ils ne le connaissent pas. Je vais pouvoir les "éclater" en les battant à tour de rôle.

 

Y en a un,

celui qui fout rien au fond de la classe, celui qui ne travaille que quand je le secoue motive, celui qui ne sait pas faire des additions, celui qui passe son temps à regarder par la fenêtre, celui qui recopie tout ce qu'il y a au tableau sans rien essayer de faire, 

et bien lui, là, il m'a battu deux fois de suite au "Puissance 4"....

 

Et Dieu sait (et mes anciens élèves aussi) que JAMAIS je ne fais exprès de perdre à un jeu (Ouh que non !)

 

Conclusions :

- ce p'tit gamin aura 100 fois à recopier "On ne bat pas impunément le maître dans sa propre classe à un jeu qu'il est censé maîtriser à la perfection"

- j'vais l'avoir à l'oeil celui-là...car si ça se trouve, ça fait des années qu'il se fait passer pour un élève en difficulté histoire qu'on lui foute la paix.... Alors qu'en fait il est quand même vachement doué parce que, pour me battre à "Puissance 4", ben...faut être vachement doué !

 

Bises,

Instit-man contrarié face à un nouvel élève-mystère....

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 15:42

      Y en a un qui a tout son matériel, ses stylos, sa règle, son sac et même du blanco

 

Y en a une qui est toute petite, qui pétille et qui va grandir tout doucement durant cette année. Mais pour l'instant elle rigole, elle pouffe de rire. Elle comprend vite, elle tire bien ses traits avec la règle mais elle planque le stylo du voisin pendant qu'il est au tableau et elle rigole tellement avec ses yeux quand le voisin revient qu'il lui demande direct son stylo. Et le tout avec le sourire! C'est-y pas beau ?

 

Y en a un qui n'a pas de sac. Ni de stylos. Et qui a ouvert grand ses yeux quand j'leur ai filé à chacun un super crayon de papier avec gomme intégrée au bout. Top la classe...

 

Y en a un qui fait gloups quand j'lui fais le coup du regard-glacial-qui-tue

 

Y en a un qui redouble et qui se marre en voyant l'autre faire gloups car ça fait un an qu'il m'connaît et le coup du regard-glacial-qui-tue, ça le fait doucement sourire

 

Y en a une qui s'est trouvé bien couillonne quand je l'ai reprise quand elle insultait en shimaorais un gamin qui passait dehors.

Ben oui, y en a un qui commence à comprendre quelques mots dans cette drôle de langue! Notamment les insultes...

 

Y en a un qui est deux fois plus grand que moi. Mais qui a l'air tout doux. 

 

Y en a un, qui était déjà avec moi l'an dernier, et qui avec un grand sourire m'a dit que le grand là, qui est deux fois plus grand que moi, il allait voir que j'avais pas de cheveux sur la tête !

 

Y en a plein qui ont l'air bien mignons mais bon, les premiers jours faut pas s'y fier et faut rester vigilant au moins...toute l'année!

 

Y en a plusieurs qui sont revenus à midi le jour de leur rentrée en 6ème. Tout excités. Tout beaux avec leurs chemises neuves. Et qui m'ont montré leurs emplois du temps. Et qui ont rigolé, rouspété, crié, fanfaronné!

Qui m'ont dit "Monsieur je rajoute mon nom sur la liste des élèves de ta classe!". Qui ont râlé quand je leur ai dit "Hé! C'est plus ta classe ici! Allez, du balai !". Qui ont répliqué "Hé! Monsieur, nous de toutes façons on veut pas revenir dans ta classe!" Mais qui sont quand même aller fouiller dans mon armoire pour voir s'il restait pas des bonbons planqués que je ne leur aurais pas donnés.

La classe découverte a tissé des liens qui font que j'aurais bien aimé les supporter encore une année

Y en a qui vont devoir couper le cordon

Mais y en a un pour qui ça va être plus dur

 

Y en a deux trois qui ne savent pas lire mais globalement y en a plusieurs qui ont l'air de bien se débrouiller

Y en a qui, petit à petit, vont faire changer le discours que les profs ont sur les élèves d'ici

 

Y en a un qui, finalement, ne trouve pas beaucoup de raisons de se plaindre de sa rentrée...

 

C'est perturbant

 

Reginald-1002.JPG

 

(Une fleur du jardin qui ne s'était pas rendu compte qu'elle était si belle... Merci réginald !)

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 15:06

      Allez, je me suis lancé dans le montage.

Histoire que vous ayez un aperçu du calvaire que j'ai vécu durant 3 longues et extraordinaires journées avec ... eux!

Pardon, pardon pour les imperfections du montage. Oui je sais, les textes défilent trop vite !

(mais ça vous fera travailler un peu votre vitesse de lecture ! Instit un jour, instit toujours !)

Mais pour une première fois je suis quand même très fier de moi (l'auto-satisfaction c'est important !)

Bises,

(et pour avoir vécu ça avec eux, j'me dis que j'ai beaucoup de chance...) 

 

 

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 14:28

- Oui.....

  C'était trop bien !

 

- Mais dis, m'sieur, tu vas leur faire quand l'article aux gens qui lisent ton blog pour leur dire que t'es toujours en vie, qu'on t'a pas enterré ni noyé ni envouté ???

 

- Ben...j'sais pas. C'est qu'j'ai pas trop le temps là !

 

- Mais m'sieur ! Tu leur avais dit que tu ferais pleins d'articles et que tu les ferais plus courts comme ça tu pourrais publier chaque semaine !

 

- Et ben j'avais menti !

 

- Rhôôôooo..!!! C'est pas bien m'sieur ! 

Et ils t'ont cru ?

 

- J'crois que oui ! Mais tu sais, ils sont un peu naïfs nos lecteurs ! Et puis ils ne sont pas bien méchants. Ils finissent toujours par nous pardonner ! (enfin...on espère...)

 

- Mais m'sieur, ce serait quand même sympa que tu leur dises vite fait comment ça s'est passé !

 

- Mais j'ai pas le temps ! J'ai plein de choses à faire ! Et c'est pas parce que lundi je bosse pas, grâce à une fête musulmane-mais-j'ai-pas-trop-bien-compris-laquelle, que je vais avoir beaucoup plus de temps !! Y'a tous les cahiers à corriger !

 

- Meûûssieur !! C'est la fin de l'année ! Ca fait 1 semaine qu'on n'écrit plus dans le cahier !!

 

- Chut !!! Tais-toi voyons ! 

Bon..... Mmmouais.......t'as peut-être raison... Mais rapide, hein ?

 

- Yes !!! Trop cool m'sieur ! Allez, choisis quelques images et fais-leur partager !!

 

 

Ils ont bien mangé ...

      P1030446

 

Ils ont bien créé.

       DSCF8221

 

Ils m'ont bien aidé à surveiller.

P1030229

 

Ils ont bien essayé de piquer les bateaux au passage...

P1030362

 

Ils ont bien pris le large.

P1030332

 

On s'est bien amusé...

P1030329

 

Alors évidemment ils veulent y retourner.

Et moi aussi.

Je vous raconterai peut-être, plus tard, un jour, ce qui c'est passé. Comment on s'est découvert.

Comment en trois jours on a créé des liens forts.

Comment mon regard et le leur a changé. Sur eux sur moi et peut-être sur ce qui nous entoure.

Comment je vais les regretter ceux-là aussi...

(un jour, je ferai redoubler tous mes élèves juste pour le plaisir de continuer à m'amuser avec eux...)

 

Bises

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