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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 15:00

Les mahorais ont une réputation de faignants. A tous ceux qui généralisent, stéréotypisent un peu trop vite, je propose de considérer l'anecdote suivante : la semaine dernière, en allant travailler au collège (je précise, parce que je travaille aussi à la maison et même en vacances !), j'ai dépassé, moi sur mon scooter et lui à pied, un homme d'entretien du collège. On était sur la grande montée qui mène au Choungui. Il était sur le côté gauche de la route, allant bon train, ne semblant pas du tout faire de stop (je le sais timide et le soupçonne de l'être trop pour solliciter les conducteurs qui le dépasseraient). Je mets environ 5minutes, en scooter, pour faire la montée à environ 35-40km/h, et 5 minutes pour redescendre, de l'autre côté, à la même vitesse. Sachant que la température ambiante est approximativement de 30° à 7h du matin, calculer l'effort réalisé par le factotum pour arriver au collège ce jour-là (j'espère qu'il n'est pas obligé de faire ça tous les jours !). Sachant qu'en plus, il a un boulot "physique" qui l'attend à l'arrivée, je lui tire mon casque ! 

 

 

Avec ma classe de 6ème, on en était ce jour-là aux positions relatives de 2 droites (je ne leur dis pas ça comme ça !).  J'essayais de leur expliquer ce que signifie "2 droites sécantes". Espérant qu'un élève sache ce qu'est un sécateur pour qu'il puisse dire aux autres que c'est un objet qui sert à couper, j'ai demandé, confiant (j'ai 2 élèves hyper bons, cultivés, sur lesquels je sais pouvoir m'appuyer) : "Pouvez-vous trouver un mot, en français, qui commence de la même façon que le mot "sécante" ?"

Réponse spontanée d'une élève : "Monsieur, Monsieur .... sécante centimes"

Véridique. Adorable.

Qui a dit que les élèves n'avaient pas deux sous de jugeotte ?

Dans notre métier, le meilleur moment, sécante entends ça !

Bisous !

Pierre

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 08:47

Juste des annecdotes concernant le boulot. C'est une succession d' "articles" qu'on s'était promis d'écrire un jour, d'enrichir presque qutidiennement, pour ne pas oublier, pour que NOUS nous rappelions tout CA.  Mais nous avons tardé à coucher tout CA sur l'écran, trop fatigués que nous sommes quand on rentre du boulot. Et trop contents de vous faire partager les vrais bons moments qu'on vit, en particulier les week-ends (et jours fériés mais je n'y reviendrai pas ...). Alors voilà. Enfin. En vrac :

- un élève m'a montré ses fesses : après une bêtise qu'il avait faite, je me suis approché de lui en lui demandant son carnet de liaison. Il s'est levé, s'est rapproché de moi (près), a baissé son "taille-basse" de 10 cm, puis s'est retourné pour fouiller dans son sac, en se cambrant et en dodelinant du postérieur.

- 2 élèves sont arrivés en classe en me disant qu'ils préféraient aller en permanence plutôt que d'assister à mon cours (des fois, je les comprends), et ce malgré les 2 heures de colle que je leur ai dit associer à leur défection. Ils sont partis en permanence. Je ne leur ai pas mis les 2 heures. J'ai eu tort. Mais ils n'avaient pas leurs carnets. Et j'aurais dû aller voir le CPE. Je l'ai fait. Occupé. J'aurais dû y retourner, je ne l'ai pas fait. Je n'ai revu les élèves qu'une semaine après, à peu près.

- le jeudi matin, j'ai 5 heures de cours. Dans 5 salles différentes. Il n'y a pas d' "interclasse". Je cours. Les autres jours aussi.

- Je travaille dans 10 salles (trois bâtiments), et je n'ai les clés que de deux d'entre elles. Il existe un passe, mais il n'y en a pas assez de copies. Et on ne peut pas en faire de doubles à Mayotte (ça devrait rappeler quelque chose aux collègues de Chinon, que je salue au passage ... ) Je ne sais pas si la commande est partie en métropole ... Je n'ose plus relancer. Je devrais. Je devrai. Mais c'est fatiguant. Quand je passe d'une salle à une autre, quand je suis en retard, et je le suis toujours parce que je n'arrête mon cours qu'à la sonnerie, il faut que je trouve un collègue dans une salle voisine, qui a le précieux passe. J'aime pas déranger ... Ca me dérange. Les salles que je quitte restent ouvertes. J'aime pas. Je ne suis évidemment pas le seul dans ce cas :

- En rentrant dans une salle, la semaine dernière, je me suis rendu compte qu'elle était ouverte ( j'avais été quémandé la clé à un collègue pour rien). Un grand phallus poilu et en pleine action avait été dessiné au tableau. Il devait y avoir eu cours d'art plastique l'heure d'avant. La collègue aurait pu effacer son tableau !

- Une élève m'a dit cette semaine en quittant mon cours : "Monsieur, c'est la première fois qu'on vous a vu sourire". Ca m'a fait peur. C'est vrai que ça va mieux. J'arrive à faire cours plus longtemps (y'en a qui n'avaient pas remarqué le jeu de mot, alors j'insiste lourdement : "j'arrive à faire court plus longtemps") (entre deux engueulades)

- j'ai 3 élèves de 4ème qui sont mamans (petite pensée pour celle qui vient tout juste d'accoucher). Ca aussi ça me  fait peur. Pas pour elles (dans ma culture c'est impensable, mais pas dans la leur), mais pour moi : à quoi pensent ces femmes quand je leur apprends comment on fait (- 3 +1) ? Des femmes ? ...

- Le recteur nous a expliqué, lors d'une réunion d'accueil des nouveaux (2 semaines après la rentrée), qu'il fallait impérativement se tenir aux programmes nationaux. Mais qu'il fallait tenir compte de la difficulté de la langue, qu'il fallait tenir compte de ce qu'à l'école primaire le travail n'avait pas toujours été de qualité (mais que c'était en train de changer très vite), qu'il fallait tenir compte aussi de ce que les mahorais se représentent les études, l'ascenseur social, complètement différemment de nous, métropolitains. Moi, je trouve ça contradictoire. Le dénominateur commun de tout ça, je pense, dans ce qu'il a voulu nous faire comprendre, c'est qu'il faut tenir. Relisez si vous n'en êtes pas convaincus.

- En plein cours, 2 élèves se sont engueulés : le garçon avait prêté des stylos à la fille, et il voulait les récupérer. La fille ne voulait pas lui rendre, disant qu'il les lui avait donnés. Après courte discussion, je me suis rendu compte qu'il les lui avait juste prêtés. Je demande donc à la fille de les lui rendre. Vexée, elle les a claqués par terre. Ca a calmé tout le monde pendant 5 minutes. Faudra que je lui prête ma calculatrice, un jour ... Ca peut marcher !

- Depuis quelques jours, l'un des élèves les moins intéressés par mon cours essaie de digresser en posant maladroitement des questions qui n'ont rien à voir avec la leçon : "Monsieur, pourquoi on a inventé les maths ?" Jusque là, je m'en suis bien sorti et me suis débrouillé pour faire un lien avec ce qu'on faisait, en 5 secondes, et inclure l'élève dans la question que moi je m'apprêtais à poser sur le cours. C'est rigolo, c'est comme un jeu.

- Un élève que je ne connaissais pas a passé la tête à la porte de ma classe, à la fin d'un cours, en me disant : "Bonjour M'sieur ! Vous êtes diabétique ? Parce que moi aussi." Rigolo. On a papoté 20 secondes (parce que j'avais cours dans une autre salle  et j'étais déjà en retard ...) Je ne l'ai pas revu, et si je le croisais, je ne le reconnaîtrais pas. J'espère qu'il se resignalera !

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